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Vous retrouvez ici tous
les "points de vue" que nous vous avons présentés au fil
du temps.
Ces textes sont libres de droits, nous vous prions toutefois de bien vouloir en
indiquer la
source.
Bonne lecture.
Table des matières
8° De l'altération du symbole
9° La vérité ou l'honnêteté et ses visages
10° Charité et engagement personnel
11° Le langage
12° Le Maçon dans le Temple et la vie profane
13° Oser
14° Réflexion sur les droits de l'homme
15° Offrande aux jeunes FF.'.
16° Comment être Maçon
17° Eglises et franc-maçonnerie
18° La tentation du politique
8° De l’altération du symbole.
Quand j’étais gamin, il y avait une friandise qui suscitait bien
des convoitises.
Elle servait même d’enjeu lors de nos paris, compétitions et autres jeux
d’enfants. C’était une sorte de cloche en chocolat noir, croquant, remplie
d’une délicieuse mousse crémeuse et obturée par une gaufrette nappée d’une
touche de miel. Pour nous, les meilleures étaient fabriquées par un
chocolatier de Renens. Cela s’appelait des « têtes de nègres »,
jusqu’au jour où quelqu’un a déclaré que cette appellation avait une
connotation raciste alors que nous n’avions jamais établi de relation entre
les « têtes de nègres » et les africains. Seulement, l’appellation
en a été changée, cela s’appelle maintenant des « têtes au
choco ».
En confiserie, on trouve encore des gâteaux appelés
« japonais », de même qu’en laiterie il existe toujours des
fromages frais nommés « petits suisses ». Pourtant, là, aucun
racisme n’est évoqué et ces appellations sont maintenues.
On peut s’interroger sur ce genre de mentalité et les buts poursuivis par
ces étranges maniaqueries surtout que le monde moderne est envahi par des
néologismes bien curieux. Une femme de ménage devient « technicienne de
surface » mais conserve balai, panosse et mépris de ceux qui font
nettoyer leur saleté par d’autres. Un chômeur se transforme en
« demandeur d’emploi » mais garde la gêne, plus souvent la honte
profonde des sans travail, des inutiles. Un clochard mute en « SDF »
mais compte toujours autant de morpions, de crasse et d’abri fait d’emballage
en carton. Nous pourrions multiplier les exemples et si parfois nous en rions c’est
surtout par crainte d’en pleurer tant le cynisme et l’hypocrisie de ces
pratiques sont désolants.
Mais quel rapport ces imbécillités ont-elles avec la
Franc-Maçonnerie ?
Avant de répondre acceptons de faire un détour.
La Franc-Maçonnerie moderne a vu le jour en Angleterre, au début du 18ème
siècle.
L’Angleterre est majoritairement de religion anglicane, sorte de mélange
de catholicisme et de protestantisme. La rupture d’avec Rome date du 16ème
siècle, c’est en 1534 qu’Henri VIII s’est proclamé chef suprême de l’Eglise
d’Angleterre. Actuellement, c’est la reine Elisabeth II.
On notera que selon la hiérarchie initiatique, sacerdotale – chevaleresque
– de métier, l’autorité chute d’un cran. Ce n’est plus un prêtre qui
est au sommet mais un militaire.
Le pouvoir a basculé au séculier.
C’est d’une énorme importance parce qu’il y a là un amoindrissement
des valeurs. Si l’on veut être plus clair : cela ne vient plus d’en
haut mais d’en dessous. Petite parenthèse, dans le monde moderne actuel de l’économie
le pouvoir est aux mains des non-initiables. Le pouvoir est au bas de la
hiérarchie sociale, au niveau des serfs, puisque tout est corrompu par l’argent,
seul moteur reconnu. Mais essayons d’avoir toujours ceci à l’esprit :
c’est Saint-Bernard qui dicte la règle aux Templiers, non l’inverse.
Tout cela n’est pas sans effets.
Au 18ème siècle les idées foisonnent, les techniques sont
balbutiantes mais c’est dans cette matrice que le monde moderne commence sa
gestation et qui dit monde moderne dit en même temps rupture d’avec les temps
anciens et justement, le monde moderne débute en Angleterre.
Il n’y a donc rien d’étonnant que dans ce creuset, la Franc-Maçonnerie
pour se développer se doit aussi de rompre avec les formes précédentes.
Semblablement aux néologismes de notre préambule, la Franc-Maçonnerie s’est
mise à remplacer les anciens symboles qui rappellent trop l’Eglise de Rome ou
le christianisme par de nouveaux signes et surtout, elle se préoccupe de
promouvoir l’homme « nouveau », mais surtout pas celui des
Ecritures.
Seulement, comme catégorie particulière d’entités les symboles ne se
laissent pas manipuler sans risques et ces tripotages sont en réalité d’une
extrême gravité. On ne peut remplacer impunément un symbole par un autre sans
qu’il n’y ait perte de la fonction symbolique. Précisons notre propos:
· Lorsqu’un signe renvoie à un objet existant, il peut être remplacé par la réalité qu’il désigne. Le dessin d’un arbre se perd par absorption dans l’arbre qui est le référent du signe. Ce symbole est dit transitif, la conscience le traverse sans s’y arrêter.
· Semblablement pour ce qui est des mythes, des contes de fées. Le signe est absorbé dans la fonction fabulaire, la fonction signifiante absorbe le signe. Telle la légende d’Hiram.
· Il en va tout autrement lorsque le symbole ne peut pas être montré ou imaginé ni substitué au signe. Là, nous avons un pur symbole. Par exemple : « L’arbre de la connaissance du Bien et du Mal » ne peut pas être observé ici, ni en imagination. Ce signe est dit intransitif et le référent du signe ne peut être atteint qu’en lui-même, en l’habitant, non en le traversant. Lorsque le Christ dit en Jean (14,9) : « Qui m’a vu, a vu le Père », Il dit ceci : « Moi, le pur Symbole, je suis la seule visibilité du Père, le seul mode sous lequel le Père peut être présent à la visibilité » ; mais aussi : « qui Me voit, ce n’est pas Moi qu’il voit, c’est le Père ». C’est l’union du visible et de l’Invisible, le référent n’est atteint qu’à l’intérieur du symbole. (Tiré de : « Symbolisme et réalité » de Jean Borella, Editions Ad Solem, Genève).
Que la Franc-Maçonnerie aie remplacé le Père Céleste par le G\
A\ de l’U\ est déjà
une réduction. Le Père Céleste est pur symbole, c’est l’Amour Infini
alors que le G\ A\ de l’U\
est créateur, d’accord, mais de l’indéfini parce que tel est l’univers.
Il y a un abîme entre le Ciel symbole et l’univers. Toutefois, par la
présence de la Bible sur l’autel cela est atténué car, rappelons le, la
Bible c’est Dieu qui parle aux hommes.
Mais comme ces médecins qui ne signent plus un certificat d’aptitude
mais un certificat de non contre-indication dont seul un avocat saisit la
nuance, La Franc-Maçonnerie, non pas pour épaissir le mystère, seulement
par manque de foi, de certitude et pour ne pas s’aliéner quiconque s’intéresserait
à l’Ordre, est-ce déjà le « melting pot », a évacué la
figure du Christ en la remplaçant par des signes du genre transitif, hélas
réducteur. Ceux-ci le suggèrent, c’est vrai, la Pierre cachée de VITRIOL,
une figure géométrique au 2ème degré, un mythe au centre du 3ème
degré pour ne pas dire plus. Toutefois, le voile dont Il est recouvert, s’il
excite l’imagination et de multiples interprétations, donc des fausses,
prive le Franc-Maçon de clarté et creuse un fossé souvent infranchissable.
Comment comprendre que Celui qui est au centre de l’Evangile de Jean,
ouvert au 1er degré, soit pareillement évité, voire exclu ?
L’absence du Christ ne conduit pas vers des réalités plus hautes, bien
au contraire parce qu’Il est le Médiateur entre Lui et nous. N’est-il pas
dit : « Nul ne va au Père s’il ne passe par le
Fils ». Mais nul ne va au Fils s’il ne passe par la Mère. Voit-on de
quoi nous sommes séparés, sous prétexte d’universalité ?
Le Christ est le Symbole par excellence et ne peut être atteint qu’en
Lui-même, en y demeurant, mieux, en le digérant, donc une des justifications
de l’Eucharistie. Alors, rendons Lui sa place, c’est une question vitale,
« Il est le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jean 14,6).
Mbx 28 novembre 2000/11 décembre 2007
9°LA
VERITE OU L’HONNETETE ET SES VISAGES.
Le secret de la réussite c’est « la vérité ».
Pas nécessairement le genre de vérité que l’on entend
parler, bien que celle-ci soit très importante, mais le genre de vérité dont on
n'entend très peu parler de nos jours.
Cette vérité c’est : L’HONNETETE :
Shakespeare a peut-être le mieux présenté cette vérité
dont je vais vous parler. Dans ceci : " par dessus tout soit honnête
avec toi-même. Fais-le sans cesse aussi vrai que 2 et 2 font 4, tu ne pourras
plus mentir à personne".
Cette vérité est la sincérité envers soi-même. Une
sincérité toute intérieure. On entend beaucoup parler en ce moment de la
conquête de l’espace. C’est très bien. Mais comme on l’a déjà
remarqué, il est bien peu de choses que nous ne puissions accomplir, en tant
qu' homme, si nous ne réussissions à conquérir notre univers intérieur.
Etre sincère avec soi-même c’est d’abord se donner, à
soi-même, la possibilité de tirer le meilleur parti de ce qu’on a. Mais qu’est-ce
qu’on a ?
Nous avons notre esprit, nos capacités, nos talents et notre
temps.
Nous possédons tout cela. C’est en vérité une très
grande richesse qui nous appartient en propre. Et c’est notre habileté à
investir cette richesse, sachant bien pourquoi nous le faisons et recevoir
beaucoup en retour. Recevoir plus que largement, pour nous-mêmes et pour ceux
que nous aimons, toutes les années de notre vie.
Comme toute personne qui possède des richesses de quelque
nature qu’elles soient, c’est à nous de décider ce que nous allons en
faire, nous pouvons les dilapider, les dépenser à tort et à travers, sans
rime ni raison, ou bien nous pouvons les investir intelligemment
Le choix est nôtre. Et c’est ici que l’honnêteté et l’intégrité
de chacun, jouent un rôle. Pensons à la grande loi qui gouverne tout dans l’univers.
LA LOI DE CAUSE A EFFET.
Chaque cause engendre un effet qui lui est égal. Si nous
utilisons comme il faut notre esprit, nos capacités, nos talents. Cela se
reflète sur notre vie intérieure. C’est ici qu’intervient le symbole de
la règle(24 cm / 24.00 h.). Si nous utilisons notre temps au mieux, cela,
aussi, nous procure de grands avantages. PARCE QUE NOUS SAVONS AVEC CERTITUDE,
que 5 personnes à peine et peut-être seulement deux ou trois sur cent,
utilisent réellement le temps qui est à leur disposition au mieux de leur
capacité. Moi y compris ! N’oublions pas que la logique est fondée sur
le principe de causalité, sur la relation de Cause à effet
Etre honnête avec soi-même c’est suivre cette grande loi.
Parce que gaspiller son temps, ses talents, ses capacités, c’est
se voler soi-même. Etre honnête avec soi-même c’est prendre tout le temps
qui nous est donné et l’utiliser comme il faut. C’est prendre les
capacités et les talents, quel qu’ils soient, que nous possédons en tant
qu’individu et les utiliser du mieux que nous pouvons. Bref, c’est faire le
meilleur usage de ce que nous avons dans un laps de temps qui nous est donné
pour le faire. Cela semble simple ? La vérité est toujours simple et sans
explication.
Encore une fois, nous allons nous placer nous-mêmes
au-dessus de toute compétition, en faisant ce que la majorité des gens ne font
pas.
Voici les fondations sur lesquelles ont été bâties toutes
les grandes personnalités ou carrières : INTEGRITE - VERITE - HONNETETE.
Ce sont les bases d’une vie réussie.
Examinons quelques faits. La réussite n’a rien à voir
avec la dimension du cerveau. J’ai lu que le plus gros cerveau connu est celui
d’un idiot. Le plus petit, celui d’Anatole France qui a gagné le prix Nobel
de littérature en 1921. Quelques-uns des plus grands hommes, dans des domaines
très différents, étaient ou sont, petits, chauves et bedonnant. Quelques uns
grands et maigres. Certains étaient brillants et bien éduqués. D’autres
avaient très peu de scolarité. Ainsi donc la personne destinée à bien
réussir sa vie privée comme professionnelle ne peut pas toujours être
repérée dans la rue.
Les gens qui réussissent dans la construction de soi et,
cela va sans dire, dans la construction du Temple de l’humanité, ont
cependant une chose en commun, ils comprennent tous la loi de Cause à effets.
Sagement ils s’efforcent avec les outils à leur disposition de s’en servir,
au lieu de travailler contre elle.
La plupart des gens font profession d’honnêteté. Mais ils
ne sont pas toujours sincères dans leurs convictions. Pour la grand majorité
d’entre eux, tout dépend des circonstances. Si l’honnêteté ne gène
pas ; très bien. Mais si on peut tirer plus rapidement profit de quelque
chose, en ne disant pas toute la vérité ou en la cachant un peu; on va la
cacher un peu. Pourquoi agissent-ils ainsi ? Parce que la majorité des
gens recherchent des résultats immédiats. Ils ne considèrent pas la vie comme
quelque chose qui dure longtemps. Ils oublient, ou ne savent pas, que
chacune de nos actions est comme un boomerang qui revient toujours à son point
de départ. Chaque fois qu’une personne commet une malhonnêteté ou parce qu’elle
ne donne pas la pleine mesure de son temps, ou de ces talents, cette personne
lance un boomerang. Vous savez la pièce de bois qui revient toujours, à son
point de départ. Personne ne sait jusqu’où ira ce boomerang. Personne ne
sait quel trajet il va accomplir. Seul l’avenir le dira. Mais une chose est
sûre, infaillible, ce boomerang va revenir au moment ou cette personne s’y
attend le moins. Il frappera brutalement infailliblement par derrière.
Oui, l’honnêteté paie. C’est Mirabeau qui a
écrit : "si l’honnêteté n’existait pas il faudrait l’inventer".
Tout ce que nous avons à faire quelles que soient les
circonstances, c’est de nous poser la question : est-ce la
vérité, est-ce honnête ? Nous pouvons alors aller carrément,
consciemment, si la cause est bonne, l’effet le sera tout naturellement. Nous
savons tous, vous et moi, que dans la vie les bonnes habitudes font les
réussites. L’honnêteté dans tout ce que nous entreprenons, est une des plus
importantes de ces bonnes habitudes. Ne vous enlever donc pas des occasions de
réussir, de vous élever. On peut se voler son propre temps et ainsi se voler
des chances de s’améliorer, de réussir. Résultat on progresse moins bien,
on ne s’éveille pas à la réalité.
Tout le monde sait cela pour gagner le cœur et l’esprit
des peuples du monde, il n’y a qu’un moyen : aider chacun à augmenter
sa capacité et par extension augmenter la productivité et améliorer ainsi son
standard de vie.
Attention, nous ne devons pas nous contenter de donner
moins que le meilleur de nous-mêmes.
Le faire, c’est se faire tort à soi, c’est faire tort
aux autres. Ne pas donner honnêtement tout ce que nous pouvons donner aux
autres, aussi bien qu’à nous, c’est affaiblir notre liberté. Cette
liberté qui nous a donné, à nous occidentaux, un standard des plus élevés
de la société, la plus ouverte sur cette terre.
Nous travaillons un nombre d’heures fixé, établi, pour
gagner notre vie, tout ce que nous donnons en plus, à notre travail, nous le
donnons en réalité à nous-mêmes, nous contribuons en réalité à notre
progression personnelle, au succès de notre accomplissement.
Que donne un être à un autre
Il donne de lui-même, de ce qu’il a de plus précieux, il
donne de sa vie. Ceci ne signifie pas nécessairement qu’il sacrifie sa vie
pour autrui mais qu’il donne ce qui est vivant en lui, il donne de sa joie, de
son intérêt, de sa compréhension, de son savoir, de son humeur de sa
tristesse.
Bref tout ce qui exprime et manifeste ce qui est vivant en
lui.
En donnant ainsi de sa vie, il enrichit l’autre, il en
rehausse le sens de sa vitalité en même temps qu’il rehausse le sien propre.
Nous avons un grand ennemi, toujours le même. Son nom, l’ignorance.
Et la plus grande ignorance est de croire que l’on peut recevoir plus que l’on
ne
donne. N’oubliez pas que chaque fois que nous agissons nous lançons un
boomerang.
Ce qu’il y a de merveilleux dans cette loi de cause à
effet… de boomerang, c’est qu’elle est tout aussi infaillible quand nous
agissons comme il se doit. Et si la punition paraît toujours plus lourde
que le délit commis, la récompense semble toujours être hors de proportion
avec l’action qui en est la cause.
Quand nous mettons la vérité à notre service, que
voulons-nous dire ?
Probablement ceci : montrer vraiment de l’empressement
à faire de notre mieux, chaque fois que nous devons faire de notre mieux. Nous
pouvons alors, mieux jouir de nos moments de liberté, les apprécier plus
pleinement. Notre repos, notre détente sont mérités. Rien ne nous fatigue de
plus que le travail que nous n’avons pas encore fait. Et nous savons que nous
allons progresser dans la vie. Tout simplement parce que nous seront différents,
trop différents pour passer inaperçus longtemps. Et cela ce passera comme cela,
parce qu’on a toujours besoin de personnes différentes, parce qu’on en a
toujours eu besoin.
C’est le devoir de toute personne, sur cette terre, de
savoir apprécier qu’elle est unique, par son caractère particulier et qu’il
n’y a jamais eu quelqu’un de semblable à elle, car s’il y avait eu quelqu’un
de semblable à elle, il n’y eût nul besoin pour elle d’être au monde.
Chaque homme prit à part est une créature nouvelle dans le monde, et il est
appelé à remplir sa particularité en ce monde. La toute première tâche de
chaque homme est l’actualisation de ses possibilités uniques, sans
précédent et jamais renouvelées, et non pas la répétition de quelque chose
qu’un autre, fut-ce le plus grand de tous, aurait déjà accompli.
Mettre la vérité à notre service, c’est aussi nous
appliquer à garder l’esprit bien ouvert. Pour chercher la vérité, tous les
jours de notre vie. C’est savoir qu’il y a toujours une meilleure façon …
et encore une meilleure façon, encore et toujours. C’est chercher dans tout
ce que nous faisons, de meilleures façons de nous conduire. Et
être prêt à rejeter nos croyances les plus chères, si on
nous montre quelque chose, qui est plus près de la vérité. La F.'.M.'. ne
vise pas à ce que l’homme soit plus ou moins bon, encore que, mais elle
espère seulement qu’un jour il puisse devenir meilleur.
C’est aussi réaliser que l’homme qui ne lit pas, ne
serait-ce que son journal, n’est pas meilleur qu’un illettré et que l’homme
qui ne continue pas d’étudier afin d’acquérir une plus grande maturité n’est
pas meilleur qu’un ignorant. Mais on peut aussi lire dans la nature.
Toutefois, attention dit le sage : "l’érudition livresque est chose
excellente, mais en dernier lieu inutile à moins d’être unie à la voie du cœur".
C’est ainsi comprendre enfin, que nous devons vivre dans la
vérité, chaque jour de notre vie, si nous voulons moissonner la plus abondante
des récoltes.
Avoir accompli quelque chose ! N’y a t’il rien qui
ne puisse donner plus de joie à un être humain ? Pensez à quel point
cette joie peut être grande quand nous utilisons constamment notre esprit, nos
talents, nos capacités !
Considérez votre vie comme un coin de terre qui doit être
ensemencé. Il ne peut vous donner que ce que vous y
semez. Et qu’avez-vous à y semer ? Les plus riches semences :
vous avez un esprit humain… la plus puissante force créatrice n’ayant
jamais existé sur cette terre. Vous avez énormément plus de capacités que
vous n’en avez jamais utilisées. Et beaucoup plus de talent que vous ne l’imaginez,
probablement. Et vous avez le temps la seule chose qui échappe complètement au
contrôle de l’homme. Le temps qui ne peut être mis de côté, qu’on
ne peut ni arrêter, ni retenir, ne serait-ce qu’un instant. Utilisez à fond toutes ses
richesses pendant que vous les avez. N’attendez pas qu’il soit trop tard. Qu’il
ne vous arrive jamais de dire : " je voudrais pouvoir tout
recommencer ", il n’y a jamais de recommencement.
Il peut y avoir des mauvais jours, des jours où on ne se sent
pas à l’aise, où l’on s’inquiète, où l’on est déprimé. Cela fait
partie de la vie. Il faut savoir y faire face quand ils arrivent. Ces paroles
que j’ai lues quelque part m’ont bien aidé à passer les mauvais
moments, les voici :
"De même qu’une pierre phosphorescente, qui placée dans l’obscurité
émet un rayonnement, exposée en plein jour elle perd toute sa fascination de
joyau précieux, de même le beau perd de son existence si l’on supprime les
effets d’ombre". Et aussi :
" Faites votre travail, pas seulement votre travail
et rien de plus. Mais un peu plus, pour le plaisir d’en faire
plus. Ce petit peu en plus qui vaut tout le reste. Quand vous
souffrez et c’est normal de souffrir, quand vous doutez et c’est
normal de douter, faites votre travail !"
Mettez-y votre cœur et l’horizon s’éclaircira. Et
alors, nées de vos souffrances et de vos doutes même, vous connaîtrez les
joies suprêmes de la vie.
Passons à la mise en pratique :
TESTEZ-VOUS ET RELISER CETTE PLANCHE :
Vous pouvez vous tester après une première lecture de cette
planche et après encore ou, même après plusieurs jours!
Pour voir si votre opinion a changé!
RESOLUTIONS : outils de mesure.
Je pense que l’honnêteté envers les autres commence par l’honnêteté
envers moi-même.
Je m’efforce d’utiliser au mieux mon temps libre.
Je mets en valeur mes capacités propres.
Je suis honnête même lorsque cela n’est pas dans mon
intérêt IMMEDIAT.
Je sais que l’honnêteté est le seul moyen d’atteindre
un succès durable.
Je donne le meilleur de moi-même pendant mon travail.
En vous fixant progressivement des standards personnels, vous
verrez votre personnalité va continuer à se développer bien au-delà des
limites que vous pouvez voir aujourd’hui ! Relisez ce texte.
MISE EN PRATIQUE
Posez-vous les questions suivantes:
a) Est-ce que j’utilise vraiment mon temps à fond ?
b) Combien de temps ai-je gaspillé ?
c) Combien de temps ai-je consacré à réfléchir à mon travail ?
d) Combien de temps ai-je utilisé à mon travail de routine ?
e) Et après cela, combien il m’en reste ? Par jour, dans la vie
Bonne route : bonne relecture !
Guy février 08
10° Charité et engagement personnel
Nous avons été surpris lorsque nous avons pris connaissance du titre du
thème d’étude 84-85, « Charité et engagement personnel » et
nous aimerions modestement redresser ce qui nous semble une erreur d’emploi,
comme nous souhaitons être pardonné de nous introduire dans ce débat sans
avoir en nous toute la compétence voulue, et pour cause.
Faute de références vécue, nous nous rabattons sur ce qui nous est
enseigné. Nous déplorons n’avoir que des connaissances notionnelles alors
que c’est de connaissances réelles dont nous devrions bénéficier. Ceci
ferait de nous un Franc-Maçon « opératif » plutôt qu’un
spéculatif d’autant que nous nous savons susceptible de nous égarer dans l’illusion
avec tout ce que cela comporte comme déception. Là, il y a déjà un élément
de réponse, bien que partiel, à la notion d’engagement personnel. La
définition de la charité se chargera d’en achever l’explication, surtout
qu’elle n’est en rien spéculative.
Avant tout, nous persistons dans l’idée qu’il faut toujours cerner au
plus près ce qui est en présence. Pour ce faire, nous rappelons que la
charité désigne, au plan théologique, la plus grande des trois vertus
théologales qui sont, pour mémoire, la Charité, la Foi, l’Espérance. Cette
vertu consiste dans l’amour de Dieu lui-même et du prochain en Dieu. A ce
titre, ce mot représente un caractère religieux qui le distingue de la
philanthropie. On voit donc qu’il ne désigne pas une catégorie d’actes, un
mode de conduite que le principe même de la vertu, l’inspiration d’où
émane la moralité.
Mais ce terme reçoit une autre distinction et le dénature. C’est là,
selon notre opinion, que s’insère l’abus de langage.
En dehors de son
origine évangélique « Deus caritas est »(1er Ep.
Jean 4,16), le mot charité est courant en morale où il est mis en anti-thèse
avec celui de justice et avec deux manières de l’entendre. Soit on y trouve
une distinction de deux sortes d’actes, les devoirs de charité s’opposent
aux devoirs de justice, les premiers ne sont pas exigibles comme le sont les
seconds, les premiers consistant à faire du bien à autrui, les seconds se
limitant à éviter de faire du tort, d’empiéter sur autrui. La charité est
alors la bienfaisance.
Où bien, il n’y a pas juxtaposition ni complémentarité entre la charité
et la justice puisqu’il est possible qu’un principe général de dévouement
et d’amour soit le ressort même des actions simplement justes ; puisque
inversement, la règle de la justice peut s’étendre au domaine entier du
devoir, en déterminant dans quelles limites et dans quelles formes notre
charité peut légitimement s’exercer. La charité est alors amour.
En fait, le mot charité ne devrait jamais faire équivoque et conserver son
seul sens théologique. La charité s’oppose à la bienfaisance en ce sens que
celle-ci peut être motivée par l’intérêt ou la vanité, on est bienfaisant
sans être charitable et c’est la banale confusion entre l’aumône que l’on
fait à un pauvre et la charité, de même qu’elle s’oppose à la bonté,
celle-ci évoquant souvent un altruisme inintelligent. La bonté étant
associée parfois à la bêtise.
Conservons à la charité son seul sens théologique et suivons la réponse
que nous offre la logique.
Pour espérer en Dieu il faut d’abord croire en Lui et la Foi est ainsi
posée comme condition préalable de l’Espérance. Comme de plus pour aimer
Dieu il faut d’abord croire en Lui et sans doute espérer en Lui, si bien que
la Foi et L’Espérance se présentent aussi comme les conditions de la
Charité. Ce sont les moments d’un même acte. Insistons encore un peu en
argumentant autrement.
Si l’on espère, c’est que l’on aspire à quelque chose et on aspire
que vers ce que l’on aime. Donc dans l’Espérance comme dans la Foi il y a
déjà l’amour, c’est la Charité. La Foi et l’Espérance sont la Charité
commençante.
Comme croire en Dieu c’est vouloir qu’il soit, c’est ne pas se
résigner à ce qu’Il ne reste qu’un rêve. On ne l’affirme, on n’y
croit que parce que l’ayant conçu on l’aime et se propose de le servir.
Au terme, la Charité, c’est l’union parfaite et pour s’unir à Dieu,
pour vouloir ce qu’Il veut, il faut que nous soyons dépouillé du vieil
homme.
Au terme, nous devons devenir Charité comme il est dit « Dieu est
Amour », la Foi et l’Espérance étant destinées à disparaître parce
qu’elles ne sont que de la Charité imparfaite alors que la Charité, une fois
achevée, ne périra pas. Par la Charité nous deviendrons semblables à Dieu,
et seront membres de la Trinité.
Liberté à chacun de se rebeller contre cette définition en la trouvant
trop « cléricale » et l’accompagner de toutes les réactions de
rejet que cet aspect déclenche, comme l’athéisme, l’irréligion et
pourtant… on découvre peu à peu que justement l’esprit de religion est
loin d’être un élan primaire mais qu’il procède plutôt à l’étagement
supérieur d’une pensée qui refuse de se laisser arrêter par de réels,
parfois douloureux, abus de religion. Cela est sans doute vrai, par contre il y
a toujours un pas de plus à faire. Alors, avançons en consolidant ce que nous
avons acquis.
La Charité consiste à aimer Dieu, mais comment l’aime t’on ?
Lorsque nous disons que nous aimons un objet, notre amour est intéressé car
cet objet nous plaît ou bien nous est utile et nous nous en servons. De même,
en parlant d’une personne, nous l’aimons parce qu’elle correspond à notre
manière d’être, à notre état d’esprit et c’est spontanément, sans
effort et sans nous modifier que nous sympathisons avec ceux-ci et ceux-là.
Nous les aimons en restant ce que nous sommes et en quelque sorte pour nous y
entretenir et nous y consolider. Ces sortes d’amours sont par elles-mêmes
statiques.
Tout différent est l’amour de Dieu. Mais qu’on prenne garde parce qu’à
la place du vrai Dieu on peut Lui substituer, par imagination, une espèce de
dieu qu’on adapterait à nos propres désirs, à nos passions même, un dieu
rapetissé ce qui est, proprement dit, l’idolâtrie.
Pour aimer Dieu en Lui-même et pour Lui-même, il faut sortir de soi, passer
par le renoncement, mourir à sa nature, mourir à ce que l’on est pour
renaître à ce que l’on doit être. La Charité est donc dynamique, elle est
transformante. Elle nous pousse constamment à un au-delà de nous-même et ne
peut se produire, envers Dieu, qu’en se produisant envers le prochain parce
que lui, identiquement, est voulu et aimé par Dieu. La démarche est donc
simple. C’est par l’amour de Dieu que l’on va à l’amour du prochain et
réciproquement.
Toutefois, de même que l’idée de Dieu apparaît plus ou moins
confusément dans la conscience de chacun, que c’est par là qu’on est mis
en demeure de le repousser ou de l’accueillir et de le faire exister pour
soi-même, de même l’idée des autres apparaît aussi dans la conscience de
chacun et il faut les reconnaître ou les nier. L’égoïsme les nie alors que
croire que les êtres sont et agir en conséquence impose que l’on sorte de
soi. Sans la charité les autres n’existent pas pour nous. Avec la charité et
par elle, ce sont d’autres nous-mêmes au sort desquels le nôtre est lié,
leurs souffrances sont les nôtres, nous éprouvons le poids de leurs fautes,
nous les délivrons en nous délivrant.
Ce n’est donc pas donner ce que l’on a de trop, une vertu de luxe que
seuls quelques-uns pourraient pratiquer. C’est une vertu offerte à tout
homme, c’est vouloir les autres pour eux-mêmes et en eux-mêmes. C’est donc
un don, le plus sublime, s’exerçant parfois dans son élan jusqu’au
sacrifice ultime, héroïque. Ce n’est donc pas avant tout un partage comme
cela a été proposé (Alpina 1984, 8-9, 199), c’est plus que cela puisque c’est
de nous-même qu’il s’agit, c’est s’abandonner au «profit » de l’autre.
Encore une fois nous redisons que chacun dispose du droit d’accepter ou non
cette définition mais il est rigoureusement certain que l’engagement
personnel dépendra de ce choix. Sur ce point il n’y a rien à rajouter, ce
serait vouloir se substituer à autrui et ne pas faire œuvre de Charité. Mais
nous pouvons inviter chacun à se recueillir sur cet aspect en n’oubliant pas
que l’on ne peut pas être blanc et noir en même temps.
Quant à nous, nous restons étonné qu’un tel thème soit encore soumis à
réflexion dans un Ordre initiatique comme le nôtre. Il nous semble qu’il y a
comme une fracture entre le penser et l’agir, entre le spéculatif et l’ « opératif »,
mais peut-être recevrons nous des compléments de réponse.
Mbx
Thème d’étude 84-85
11° Le
langage
L’embrasement des banlieues françaises, tout discutable qu’il soit, m’a
remis en mémoire une réflexion vieille de plus de vingt ans.
A côté des revendications que nous pouvons comprendre, parce que réalistes
mais propres au monde, sans être spécifiquement françaises, il y a un aspect
qui surprend, c’est celui de la nature de la communication. Plus précisément
celle du langage. Nous découvrons alors que le langage utilisé par ces jeunes
est quasiment incompréhensible. De plus, il diffère d’une banlieue à
l’autre et complique la communication entre eux.
Pour établir une sorte de dialogue, il y a nécessité d’un interprète qui
va devoir défricher et transposer en français courant les éléments de la
conversation avec, hélas, une perte car le sens sera en partie amoindri.
Ce langage n’a rien à voir avec l’argot qui respectait au moins des règles
grammaticales communes. Dans l’argot, ce sont les termes qui changent afin
d’en remplacer un par un autre. Un chapeau devient un galurin puis un galure,
par exemple.
Le langage des banlieues est autre, il y a déconstruction dans
l’ordonnancement de la phrase et si l’argot passe pour une langue fleurie,
imagée, bien que cet aspect ne lui a pas toujours été concédé, le langage
des banlieues, à l’inverse, est dramatiquement pauvre, limité et entrecoupé
d’onomatopées. Ce langage ne donne pas l’impression d’une langue vivante,
c’est plutôt une dégénérescence, une démolition, comme si la révolte
contre un modèle de société impliquait simultanément le rejets des modes
d’expression de cette société. Toujours en comparaison avec l’argot
celui-ci n’avait que la fonction de s’exprimer pour n’être appréhendé
que par ceux qui en connaissaient l’usage, là pas, il y a rejet et violence.
Donc l’appauvrissement et la déconstruction du langage chez les jeunes des
banlieues dont voici deux exemples sont assez frappants :
« Il
m’a carotté un zedou de teuchi, l’ bâtard de ses morts, tu vas voir
comment je vais le niquer grave ».
ou bien
« Comme
elle est trop bonne c’te meuf ! »
est
significatif d’une révolte mais aussi d’une très grande contradiction car
ils souhaitent, à leur égard, un ou du respect qu’ils n’ont pas eux-mêmes
à l’égard des autres.
Cet aspect, significatif, malgré la plus grande importance de ce que montrent
ces événements m’a fait revisiter un texte écrit dans le cadre du thème
d’étude de la GLSA en 1982-83 et qui s’intitulait :
« Le
langage au service de la dignité humaine »
dont voici le contenu.
Sous le terme de langage sont compris autant la faculté qu’on les hommes de
communiquer entre eux et d’exprimer leur pensée au moyen de signes vocaux
pouvant éventuellement être transcrits, que la manière de parler, propre à
une communauté, à un groupe, à un individu, que le contenu de la
communication.
Par extension, en son sens le plus large, le langage est devenu n’importe quel
système de signes pouvant servir de moyen de communication, tel le langage des
gestes. Mais plus spécifiquement, si l’on en reste au sens original de
l’usage des signes vocaux, utilisant la langue comme moyen, nous distinguerons
le langage de la parole. La parole étant le langage extérieur et désigne
l’acte individuel par lequel s’exerce la fonction langage, par exemple :
l’action de prendre la parole en publique, alors qu’à l’opposé le
langage intérieur n’est pas nécessaire à la parole.
Moyen de communication servant à exprimer la pensée, il tombe alors sous le
sens que c’est en premier lieu la pensée qui déterminera le langage
puisqu’il lui est subordonné. Cela est très important car l’on ne peut
envisager le langage pour lui-même sans explorer, au préalable, la pensée.
Lui étant soumis, plus la pensée sera élevée plus elle sera exprimée au
moyen d’un langage élevé et à l’inverse, une pensée primaire se traduira
par un langage médiocre, cela tant au plan qualitatif que quantitatif des
termes utilisés que de leur arrangement. Avec pour précision qu’un langage
compliqué ne sert pas nécessairement une pensée claire et se comprenant
elle-même.
Nous voyons qu’il y a implication directe de l’une sur l’autre, il n’y a
pas commutativité, le langage dépend de la pensée, non l’inverse. Ceci nous
permet une première affirmation, le langage est comme le reflet, la plupart
partiel de la pensée et il permet ainsi, sinon son identification, du moins de
l’estimer dans son étendue et sa qualité.
Au sens le plus propre, la pensée est définie comme l’entendement et la
raison en tant qu’ils permettent de comprendre ce qui constitue la matière de
la connaissance et en tant qu’ils réalisent un degré de synthèse plus élevé
que la perception, la mémoire ou l’imagination et avec chaque fois comme un
acquis puisqu’elle utilise ces facultés comme aliment et soutien. Elle se
distingue, de même, de la sensation et de la volonté. Il s’agit donc d’un
fait, d’une action même et il est troublant que la pensée, terme que tout le
monde conçoit et accepte comme évident, soit si difficile à déterminer,
surtout qu’à l’étude nous trouvons une ambiguïté car c’est en pensant
que l’on prend conscience de notre pensée, ce que nous pourrions concrétiser
en l’imageant comme autant la source éclairant que l’objet éclairé. Cela
signifie qu’elle se trouve en nous mais alors pas de nous, que nous avons à
la découvrir et la faire fructifier. La pensée n’est pas enfermée sur
elle-même, elle est expansion et cause d’expansion, elle s’aliment autant
qu’elle est nourrissante et si on la définit parfois comme la conscience
intellectuelle par opposition à la conscience sensible, c’est qu’elle est
d’ordre universel par opposition à l’individuel.
Seulement, pour qu’elle devienne rassasiée et rassasiante en sachant
toutefois qu’elle n’atteindra jamais sa plénitude, la pensée devra
constamment lutter entre l’acceptation et le refus des idées, non pas pour
satisfaire un bilan équilibré entre les plus et les moins mais bien plutôt
pour s’enrichir en se dépouillant. C’est paradoxal mais vrai. A
l’inverse, nous déplorons qu’elle puisse se figer lorsqu’elle cesse,
quelles que soient les raisons, d’osciller entre deux termes en sombrant ainsi
soit dans l’idéologie ou l’idolâtrie, plus communément dans l’idée
fixe. Les exemples ne manquent pas. Cependant, ce dépouillement semble
impossible à réaliser en dehors d’une norme qui devrait être (ou bien doit
être) commune à tous et sur laquelle nous serions (ou sommes) d’accord.
Cela n’est pas simple car pour qu’il y ait accord, il est nécessaire que la
norme ne soit pas de nous. L’homme n’est pas la mesure de toute chose car
face à la multitude des hommes, il y a multitudes de mesures d’où résulte
forcément le désaccord. N’étant pas la mesure de toute chose cela nous
signifie alors l’abandon de nous-même et nous tenons à nous-même, car nous
craignons notre perte que rien n’indique d’une manière définitive.
L’abandon n’est pas synonyme d’anéantissement.
Pour accorder enfin à l’homme la dignité à laquelle il aspire, il est nécessaire
de considérer l’homme non pas comme un moyen mais comme une fin en soi et
pour pouvoir accéder à ce principe, il est rigoureusement nécessaire de se référer
à une norme qui ne soit ni la nôtre, ni celle d’un autre.
Nous pouvons affirmer qu’il n’y a qu’une norme possible, c’est celle qui
est véritablement transcendante et qui fait appel à un principe non humain
mais qui procède de l’Etre. C’est la connaissance de cette norme et l’adhésion
complète à celle-ci qui restituera à l’homme sa dignité.
Il va de soi que cela étant bien compris, le langage sera logiquement en étroite
connexion avec la pensée, il se structura normalement en ses multiples et
divers composants, en son rythme et son intonation. Il ne pourra en être
autrement.
Ce n’est pas le langage qui est au service de la dignité humaine, ce n’est
que la qualité de notre pensée qui, finalement épurée, déterminera, dans sa
dignité, celle des autres.
Je vous propose deux citations :
« Toute
la dignité de l’homme est en la pensée »
Blaise Pascal, Pensées VI 365
« Ce
que l’on conçoit bien, s’énonce clairement et les mots pour le dire
arrivent aisément ».
Boileau
Mbx
21 février 5983
Ecoutons
alors ce que dit le philosophe Denis Marquet dans son article « l’intelligence
de l’humilité » paru dans la revue « Nouvelles Clés »,
No 40, hiver 2003-2004.
« Que
signifie oser ? L’attitude de celui qui affronte la peur. J’ose quand
je redoute un acte(me jeter à l’eau, changer de vie…), mais que je
ne m’abstiens pas pour autant. Il est bien des manières d’éviter la peur !
Celle du téméraire, qui ne la connaît pas parce qu’il est inconscient du
réel et qui agit, mais sans conscience. Celle du lâche, qui neutralise son
effroi en s’abstenant d’aller vers ce qui l’effraye. Lui est conscient
mais n’agit pas. Au contraire, celui qui ose a malgré tout peur, mais il
agit quand même. Il accepte l’expérience de la peur.
N’est-ce pas là une première définition de l’humilité ? La peur
repose en effet sur le sentiment que je ne contrôle pas tout, que mon système
de défense ne me rend pas invulnérable : je peux être blessé, tué,
je peux souffrir. La peur est une connaissance : je ne suis pas
tout-puissant. Être humble, c’est donc d’abord comprendre les limites inhérentes
à sa condition. En cela, déjà, l’humilité est une intelligence. Mais
cela ne suffit pas. Car comprendre ses propres limites, c’est aussi le
risque de s’y laisser enfermer. On s’en contente. On n’a pas la « prétention »
de dépasser sa condition…Humilité ? Non, modestie ! Je suis
alors modeste dans mes ambitions, modeste dans ma conception de la vie, fier
d’être modeste, puisque l’usage fait de la modestie une vertu. « L’orgueil
de celui qui n’ose pas »…
Dans les tragédies grecques, l’arrogance de celui qui prétendait dépasser
sa condition (le péché d’ubris) était sévèrement puni par les
dieux. Mais c’est que le héros ne comptait alors que sur ses seules forces,
dont les limites échappaient à son intelligence. Entre la modestie de celui
qui ne s’aventure pas au-delà de ses propres limites et le délire de toute
puissance de celui qui refuse de les reconnaître, il y a une autre voie,
celle de l’humilité : comprendre ses limites, mais pour aller au-delà !
Le trac de l’artiste en donne un bon exemple. Le véritable acteur a
conscience, au moment d’entrer sur scène, que tout ce qu’il sait (son
texte), tout ce qu’il sait faire (sa technique), tout ce qu’il maîtrise,
tout cela est cruellement insuffisant.
Car pour que l’art ait lieu, il faut plus : cela qui ne peut que lui être
donné s’il se dispose à le recevoir, et qui est de l’ordre du mystère :
cette présence cette justesse – la grâce.
Il a donc peur, car il sait que l’aventure de la scène est au-delà
de ses seules forces. Mais il y va quand même, dans l’espérance que lui
soit donné ce qui le dépasse et donne sens à l’aventure de son art et de
sa vie. Le trac, dont Louis Jouvet disait qu’il vient avec le talent, est
l’humilité de l’artiste. Et celle-ci est une intelligence de la vie, du
pouvoir créateur de la vie. Or chaque situation de notre vie, pour qu’elle
donne toute sa fécondité, n’est-elle pas au-delà de nos seules forces ?
Ne requiert-elle pas l’inspiration, la grâce, et donc l’humilité qui en
est le terreau ? L’humilité, sœur de la foi – celle qui déplace
les montagnes ».
Mais au plan de l’initié, ce qui nous importe n’est pas tant dans ce que
l’autre est capable de faire mais dans ce que l’on est capable d’engager
soi-même pour tenter d’accomplir sa propre aspiration. Si la démarche peut
paraître semblable, la finalité est tout autre. Il n’est pas exclu qu’un
exploit tel celui de Mike Horn ne conduise pas à un surcroît de conscience
mais c’en n’est pas le moteur. Alors que chez l’initié c’est le
surcroît de conscience qui est déterminant. L’initié a donc aussi
l’audace d’oser et il tente l’exploit d’aller à la rencontre de sa
vraie nature. Identiquement, il met sa vie en péril et craint l’échec, le
sachant hautement probable. C’est donc avec humilité et confiance qu’il
sait que l’aventure intérieure est la plus prodigieuse conquête qu’il
puisse entreprendre.
Mbx
2 décembre 6004
Il nous
faut donc bien reconnaître que si l’on parle autant des droits de l’homme
c’est qu’ils ne sont pas aussi certains qu’on veut bien le croire et nous
le faire croire. Que dans la réalité des faits il s’agit plutôt d’une véritable
utopie pour ne pas dire une supercherie.
Comprenons
ceci : si les droits de l’homme étaient une évidence ils ne se
discuteraient pas. Les défendre par défaut de jeunesse est captieux, l’homme
avait des droits bien avant 1789. Il y avait entre autre les franchises.
Par
nature une évidence est telle qu’elle ne justifie aucun commentaire. Tout ce
qui pourrait être dit est superflu. Donc les droits de l’homme ne sont pas
une évidence. D’où qu’on lutte pour leur instauration ! A vrai dire,
ils sont issus d’une certaine hypocrisie et offrent un vague repos à des
consciences paresseuses. Toutefois, comme pis-aller, c’est mieux que rien
surtout dans les tourmentes que l’homme moderne traverse. Bien entendu, il ne
suffit pas d’affirmer, il faut prouver.
Seulement,
si l’homme est en constant devenir, s’il est un projet, c’est qu’il
n’est que l’ébauche de quelque chose. S’il y a projet, il y a plan et maître
d’œuvre et but car un projet ne prend son sens que par sa réalisation même
si elle n’est toujours qu’approchée.
Le problème
est simplement le suivant : une ébauche peut-elle être plan, maître d’œuvre
et finalité tout à la fois ? Assurément non, cela est parfaitement
illusoire. Il faut donc bien que « quelque chose » d’extérieure
dresse le plan, que l’ébauche soit dégrossie, que le but apparaisse.
Personne ne conçoit un vase sans potier, sans terre glaise. Si la matière est
définie passive, dans le cas de l’homme sa participation est par contre exigée.
La
question n’est pas nouvelle. L’homme est-il la mesure de toute chose ?
Cette question, si elle est répandue par l’affirmative n’offre jamais de
plan, ni de but. Si l’homme est la mesure de toute chose alors, c’est la
mesure de chacun. C’est à dire, la mesure de personne parce qu’en ce cas
aucune mesure n’a plus de valeur qu’une autre. Donc elles s’annulent. Il
n’y a donc pas de mesure et c’est précisément la situation dans laquelle
nous sommes actuellement et l’homme s’érige par ses propres droits, par sa
propre mesure, forcément limitée.
Non,
l’homme n’est pas la mesure de toute chose, Protagoras et les sophistes ont
tort. L’homme a, au-dessus de lui, une Norme qui lui est infiniment supérieure,
à laquelle il est soumis et vers laquelle il doit tendre. L’homme accomplit
alors sa vie terrestre, la céleste ne dépendant pas de lui. L’Esprit souffle
où Il veut est-il dit. Et quoi qu’on en dise cela ne change rien à ce fait.
Chacun peut trépigner à sa guise mais c’est ainsi. C’est une évidence.
« Dieu s’est fait Homme pour que l’homme devienne Dieu ».
Ce
n’est pas le lieu de présenter une étude concernant le Christ, d’autres
l’ont fait brillamment. Nous ne relèverons que trois points.
Christian Bobin « L’homme qui marche »
Ainsi,
nous savons ce que c’est que l’Homme et ce que doit devenir un homme. En même
temps apparaît notre unique droit. C’est celui de devenir un homme à
son Image et nous n’en avons pas d’autres. Donc le seul droit dont l’homme
dispose c’est exactement celui de se mettre en chemin vers et avec le Christ,
de nous relever de notre chute. Ce droit appartient à chacun, indépendamment
de ses origines et de sa conditions sociales mais il est une illusion en
dehors d’une perspective qui ne soit pas Normative.
« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa Justice et tout le reste
vous sera donné de surcroît » (Matt. 4, 33).
Qui dit
droit dit qui est juste, dit droiture, rectitude, règle. Pour vivre dans le
droit, il faut donc vivre selon la Règle.
« Souvenez-vous ma fille, ce n’est pas la règle qui nous garde, c’est
nous qui gardons la règle ».
Il y a une évidence. Toute personne véritablement en chemin n’agit
plus autrement que selon la Loi Morale avec les retombées de l’action juste.
Mais à l’opposé, celui qui n’agit pas selon la Loi Morale, n’est pas en
chemin. Cette logique est imparable parce qu’il n’est pas possible de servir
deux maîtres à la fois. Et cette logique a ceci de terrible c’est que dès
l’instant où on le sait, il n’est plus possible de l’oublier ou de
l’ignorer sans déchoir irrémédiablement, C’est le Calice d’amertume.
En
retournant à notre Cause nous cessons de nous disperser et nous épuiser en
vain. On découvre alors que la liberté n’est pas dans notre soumission à
nos pulsions mais dans leur maîtrise et leur abandon car, n’est pas libre
celui qui est asservi aux mirages du monde. N’est pas libre celui qui reste
dans la servitude de ses propres dépendances, quelles qu’elles soient :
puissance – pouvoir – argent – sexe – drogues – etc.
Essayons
de comprendre ceci : l’homme n’a qu’une vocation, elle est d’ordre
spirituelle. Il peut s’y refuser mais c’est une question de Vie ou de Mort.
L’exigence est terrible au point qu’on peut dire que toute vie qui n’est
pas consacrée à l’Esprit est une vie pour rien.
« Si l’intelligence de la créature raisonnable ne peut atteindre à la
Cause première, le désir de la nature en elle restera vain ».
Saint-Thomas d’Aquin « Somme théologique » (Ia q. 12,a.1)
Certes, nous ne sommes pas Saint-Bernard mais cela ne nous libère pas de notre
tâche.
Les
droits de l’homme ne s’expriment que dans cette perspective. Seulement,
d’avoir extirpé de l’homme toute religiosité et la morale qui lui était
associée et de l’avoir remplacé par une sorte d’humanisme rationnel oblige
à promulguer lois et décrets puisque nous sommes voués à vivre ensembles, à
nous supporter les uns les autres.
Mais ces
nouveaux principes démontrent très vite leur insuffisance étant donné
qu’ils ne proposent aucune perspective transcendante. Les droits de l’homme,
dans le sens où ils sont compris ordinairement sont une imposture. Ils sont irréalisables
et seront toujours manipulés et galvaudés.
Ce point
de vue est sans doute dérangeant. Il est à contre-courant des idées modernes,
actuellement en vogue. Mais la pensée qui prévaut maintenant n’est pas
vraie. Elle n’est qu’une mode sujette à changement.
Une
question en guise de conclusion :
Est-ce
que le néo-ultralibéralisme, mondialisme, à pensée unique et standardisation
de l’homme, prôné par moult politiciens, économistes, gestionnaires
d’entreprises et commis d’états et ceci scandaleusement jusqu’en Loge
soit respectueux et promoteur des droits de l’homme, ne serait-ce que par la
pression qu’il exerce sur les emplois et la sécurité du travail ?
Mbx
15° Offrande aux jeunes FF.'.
« Lorsqu’on sait faire une chose on la fait, lorsqu’on ne sait pas
la faire on enseigne aux autres de la faire ».
(Proverbe
anglo-saxon)
Alors que j’enseignais la plongée sous-marine avec une méthodologie qui
sortait plutôt des casernes que des instituts de « marketing », je
suis tombé sur une réflexion du pédagogue américain Carl Rogers disant
ceci : « Vous savez que je ne crois pas que qui que ce soit ait
jamais appris quoi que ce soit à quiconque. Je remets en question l’efficacité
de l’enseignement. La seule chose que je sais, c’est que celui qui veut
apprendre apprendra. Tout professeur en puissance est un
« facilitateur », une
personne
qui met les choses sur la table, montre aux gens combien c’est excitant et
merveilleux et leur dit de se servir ».
Cette réflexion m’a offert la possibilité de compléter la méthode que j’utilisais,
qui n’avait en fait comme seule erreur, que celle de pousser la formation en
inculquant des notions estimées comme devant être apprises. Lesquelles
étaient toujours accompagnées de la démonstration préalable de ce qui sera
exigé par la suite à l’élève, qui recevait ainsi la preuve que celui qui
instruit est capable de faire ce qu’il impose. Cet aspect mérite attention
car ce n’est pas systématique. Avec en plus ceci de surprenant dans ce cas,
aussi chez des esprits rétifs qui, paradoxalement, étaient volontaires à
cette formation et s’acquittaient de frais d’écolage.
En fait, il s’agit de rompre avec une méthode d’enseignement plus proche
du dressage qui consiste à décider : « Voici ce que vous
devez connaître pour répondre à ce que l’on attend de vous, sans que vous
ayez besoin d’en savoir plus ». Cette éducation n’est pas que
militaire, elle est aussi plus sournoisement, celle qui a été longtemps
utilisée par l’école publique dont le but était de donner l’instruction
nécessaire et suffisante aux individus pour qu’ils entrent harmonieusement,
par leurs fonctions professionnelles ultérieures, dans le tissu économique et
social.
La vision de Carl Rogers a le mérite de la générosité car elle propose de
mettre à disposition de l’élève tout ce qui peut lui être utile, sans
limites, sauf celles dont peut souffrir le pédagogue lui-même et celles de la
compréhension présente de l’élève. Les informations ne sont plus
cloisonnées et transmises en fonction d’un but pré-défini comme auparavant,
elles sont là. Il y a bien évidemment quelques dangers. C’est celui de faire
un mauvais usage des informations reçues et celui où la personne finit par
penser par elle-même, au détriment de cette sempiternelle dictature de la
pensée unique, plus forte que jamais. Conséquence d’ailleurs souhaitée par
la Franc-Maçonnerie pour ses membres.
Seulement, cet aspect n’est qu’un premier pas. Bénéficier d’une
multitude d’informations ne signifie pas que l’on soit capable de les
ordonner afin d’en tirer le plus grand avantage. Il est nécessaire, non pas
de faire une sélection qui finirait par en négliger certaines dont on ne
saisit pas la pertinence mais de dégager leur importance respective et surtout
de relever les éléments qui les mettent en association. D’où la nécessité
d’une personne, qui ayant en partie déjà parcouru la matière qui est l’objet
de l’enseignement, puisse en expliquer les difficultés et les moyens de les
éviter. Sans soutien de cet nature l’élève s’épuisera dans des chemins
de travers et se découragera.
La relation professeur – élève reste indispensable et va reposer sur deux
impératifs dont il est impossible de faire l’économie. Il s’agit de l’honnêteté
et de l’intégrité du professeur comme de la volonté de l’élève. La
question des aptitudes est secondaire car celles-ci peuvent se développer avec
le temps. A cela s’ajoutera un élément plus subjectif, qui est de la nature
de la relation entre le professeur et l’élève. Elle ne doit pas prendre une
tournure « dominant – dominé » qui vicie tous rapports. Le
respect mutuel est impératif.
Lors de cette relation va se créer un échange permanent où la volonté et
l’ardeur de l’élève au travail conduit le professeur à fournir encore
plus d’informations en l’amenant à rechercher plusieurs moyens d’aide à
la compréhension des notions afin qu’elles deviennent des acquis. Ce qui
produit l’enrichissement de chacun. Celui qui enseigne ne perd pas ses
connaissances, bien au contraire mais augmente son bagage par la façon(moyens
pédagogiques) dont il permet à l’autre l’absorption de la matière
enseignée. Du côté de l’élève il doit y avoir la prise de conscience que
l’assimilation des informations et des gestes ne dépend que de son
engagement, c’est à lui de fournir un effort, personne ne pouvant apprendre
à sa place. Il n’y a aucune aide extérieure à attendre.
Cette méthode d’enseignement est en réalité très proche de celle que la
Tradition appelle « de Maître à disciple ». L’enseignement est
personnalisé, au gré de l’élève. Il n’est donc en rien collectif, le
même pour tous, sans distinction des particularités de chacun.
Maintenant il est possible d’observer plus précisément ce que la
Franc-Maçonnerie peut apporter aux jeunes FF\ et
pour cela il est indispensable de définir exactement ce que veut la
Franc-Maçonnerie. Hélas, les points de vue divergent. Pourtant, si l’on veut
apporter quelque chose, il faut bien s’accorder sur quoi et s’y tenir
et c’est là que demeure toute la difficulté.
Il y a énormément de points de vue et ceux-ci ne donnent pas une vision
plus claire parce qu’ils s’opposent et se combattent. Il y a antagonisme à
l’intérieur de la Franc-Maçonnerie même. Ce qui est assez déroutant.
Il est possible d’esquiver le problème en prétendant qu’il n’y a pas
lieu de faire ici l’inventaire de ces différents points de vue ou divers
courants, ni de relever, lorsque réunis, ce qu’ils peuvent avoir de
contradictoires. Par contre, il y aurait lieu d’inviter plutôt les jeunes FF\
vers ce à quoi ils aspirent sincèrement et les orienter selon leur pôle d’intérêt.
Cette proposition peut sembler regrettable parce qu’elle conduirait à créer
une Franc-Maçonnerie à plusieurs vitesses ! Pourtant, c’est bien déjà
ce qu’il s’y fait puisqu’on retrouve sans peine des FF\
attirés seulement par l’amitié qui peut régner en Loge, l’échange lors
des agapes, comme ceux que satisfait l’écoute d’une conférence et le
débat qui s’en suit, en majorité un peu tout çà. Mais ce serait négliger
toutes les études sérieuses qui sont faites dans le but de transmettre aux FF\
des connaissances historiques de l’origine de l’Ordre comme celles de son
organisation, quand bien même qu’aussi brillantes qu’elles soient, ces
études restent étonnement statiques.
La Franc-Maçonnerie se définit comme étant une fraternité initiatique.
Mais il y a lieu d’admettre qu’il y a une priorité à établir et c’est l’initiation
qui doit être entreprise en premier, la fraternité lui étant subséquente. Si
l’on place la fraternité en premier, le risque qu’elle soit synthétique,
donc forcée et ressentie comme telle, est bien réel. Alors que si c’est le
processus de l’initiation qui est engagé et approfondi, là, la fraternité
surgit, sincère, comme celle que partagent ceux qui ont vécu les mêmes
épreuves en se soutenant et savent qu’ils peuvent compter les uns sur les
autres, dans un élan spontané et désintéressé. En précisant bien dans les
épreuves liées à l’initiation qui sont traversées et non dans des
sollicitations matérielles.
Le processus de l’initiation est le même partout, quelles que soient les
différentes formes que la Tradition a offert aux hommes. Il s’agit toujours d’une
prise de conscience de soi puis de l’autre, d’une présence à soi dans une
attention permanente à tout ce qui nous entoure, à nos pensées, nos paroles
et nos actions. De façon à ce qu’elles s’épurent pour qu’enfin elles ne
se concentrent plus qu’à l’essentiel qui est de vivre pleinement l’instant
présent, sans que celui-ci soit l’objet d’un projet ou d’une intention
précédente.
En acceptant le processus de l’initiation il faut aussi admettre que l’être
humain doit passer d’un état à un autre et que la distance qui sépare ces
deux états n’est parcourue que par ce processus, le seul respect de la loi
morale n’y conduisant pas. Ces deux états nous sont connus, en théorie pour
ce qui est du terme puisque celui-ci nous est toujours présenté par des hommes
l’ayant atteint. Le Christ pour ce qui est de la Chrétienté. Nous avons donc
l’obligation de tendre vers ce but et de tout mettre en œuvre pour l’approcher.
Il s’agit d’être en chemin afin que notre faire se juxtapose sur
notre dire et là, n’oublions pas qu’un regard un peu critique
décèle immédiatement le décalage. La fausse note en musique s’entend
immédiatement.
Pour savoir ce qui est à offrir, il faut découvrir ce qui manque, ce dont
nous avons besoin et la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui est la
parfaite expression de cela. Son origine se précise à partir du 18ème
siècle quand la Bourgeoisie se substitue graduellement à l’Aristocratie en
déclin, mais en la singeant. Donc sans en conserver l’esprit sinon elle
serait devenue aristocratique. Avec une âme réduite et la croyance naïve que
la noblesse est conjointe à la richesse matérielle et qu’il faut l’accroître
pour accéder à l’autre, la Bourgeoisie n’avait rien pour tenir en place.
Elle sombre à son tour et se voit remplacée par la classe directement
inférieure, celle des serfs, les « non-initiables » et là avec une
totale absence d’âme. Il s’en suit que le tissus social ne résiste que par
l’application de lois, de codes et de règlements, toujours transgressés et
modifiés sans cesse au gré des besoins. Toutes les valeurs qui fondent notre
humanité ont été dénigrées puis récusées, seul l’argent et le sexe sont
glorifiés. A part quelques personnes qui émergent encore, il n’y a plus d’homme
servant de guide ou de phare aux autres dans le domaine de la politique, de l’économie,
hélas aussi dans celui de la culture. En opposition à la discutable théorie
de l’évolution de Darwin force est de constater que le monde actuel est en
totale régression malgré son prodigieux développement technique qui, en
réalité par les conséquences qu’il induit, asservit l’homme au profit des
« machines ». A la vérité, la Franc-Maçonnerie doit être à
contre-courant de la mentalité qui règne maintenant, celle-ci étant incurable
et vouloir composer avec elle relève de l’utopie. Le Franc-Maçon est en donc
en porte à faux avec notre époque et pour être en harmonie avec lui-même, il
doit s’y opposer par toute sa manière d’être. D’ailleurs, ne pratique t’il
pas l’Art Royal ?
Ce qui est à offrir aux jeunes FF\ ne réside pas
dans ce qu’ils pourraient imaginer et attendre dès l’instant où ils n’ont
pas encore connaissance de l’étendue du chemin et des épreuves qui le
parsèment, comme de ce que peut être l’accomplissement de soi. Seul celui
qui a parcouru tout le chemin sait de quoi il s’agit et souvent ne peut rien
en dire. Sauf encourager à la marche.
Ce qui est à offrir est alors de deux ordres.
Le premier consiste dans le but même de l’initiation et ne doit pas être différé, ni remis en cause. On entre en Franc-Maçonnerie pour faire un réel travail sur soi, en profondeur, servant à nous révéler nos faiblesses et nos vertus et utiliser celles-ci pour combattre celles-là. Si ce n’est pas cela, la Franc-Maçonnerie perd sa légitimité. D’autant que c’est nous qui sommes l’enjeu de ce combat. Il n’est pas possible d’être d’accord avec ceux qui ne voient en elle qu’une société de pensée, créée pour améliorer au mieux le tissus social. C’est un point de vue de pharisien.
Le deuxième consiste dans l’exemple que les FF\ doivent être. Les jeunes sont en droit de rencontrer des hommes en marche. Qu’importe si d’occasion nous mettons le genou à terre, se relever compte bien plus. Cette fermeté va les confirmer dans le bien-fondé de leur démarche, les fortifier par une saine émulation tout en sachant qu’en cas de doute ou en trébuchant sur un obstacle, le soutien leur sera acquis, même s’il ne s’agit que d’une remise à l’ordre.
Nous disons que les Trav\ reprennent Force et Vigueur et il faut aussi sous-entendre Rigueur, Gravité et Sobriété. Ce qui est donc à offrir aux jeunes FF\ c’est l’exemplarité et le sérieux qui, contrairement à certaines idées reçues, n’empêchent nullement la joie et le partage mais rejettent la grandiloquence et laissent le lyrisme à ceux qui font profession de théâtre. Le Dr Béat Richner, « Béatocello » de son surnom, disait récemment : « qu’il est prisonnier de sa conscience ». En fait, il faut devenir celle-ci pour ne plus subir sa contrainte. C’est un pas plus loin.
Mbx Mai 2009
16° Comment
être Maçon
Si
nous voulons être enseignés, touchés par la connaissance, nous devons
oublier ce que nous sommes et devenir ce qui est enseigné. Savoir que nous
ne savons pas nous permet de ne plus être hypnotisés par notre érudition et
nous autorise à accueillir ce qu’une autre conscience plus évoluée que la
nôtre a déjà expérimenté. Si nous croyons savoir et voulons rester ce que
nous sommes, alors, lorsque nous rencontrons la connaissance, nous demeurons
en face d’elle sans qu’elle puisse nous pénétrer. Intellectuellement nous le
savons, mais nous ne le vivons pas. Il nous faut disparaître entièrement
lorsque la Vérité nous illumine et être recréés à l’heure même par cette
illumination. Mourir n’est pas mourir mais quelque soit le sens de notre
mort, quelque soit l’angoisse du passage, de régénération en régénération,
de purification en purification, de conscience en conscience, nous
abandonnons notre torpeur zoologique pour rejoindre la Lumière infinie, pour
devenir Lumière éternelle.
Nul ne peut espérer
comprendre la F.'. M.'. s’il ne se pénètre pas d’abord de la signification
de la notion de symbole.
A mon entrée en
F.'. M.'., en tant qu’App.'., je me demandais, surtout au cours des Tenues,
à quoi servaient tout ce théâtre et ces mises en scène qui précédaient nos
cérémonies. Je restais un peu sur ma faim et plein d’interrogations. Ce
n’est que plus tard, par imprégnation que j’ai compris que c’était une mise
en condition. Que c’était un langage, une gestuelle qui, parce que
inhabituelle, me faisaient oublié le monde profane pour entrer dans un monde
sacré. Car il y avait ici une façon de procéder et cette façon s’ancrait en
moi par son originalité qui ne dépendait d’aucun mécanisme qui normalement
régit nos manières d’être ou de faire. Ces gestes exigeaient une attention
particulière. C’est alors que les rites, outils etc. prenaient tout leur
sens. Les symboles au contraire me semblaient plus familiers, quoique ?
Dans l’acceptation
ancienne, un symbole est une figure qui réunit deux réalités, nous
pourrions aussi dire deux pans du réel ou deux mondes. Les anciens
entendaient par là le monde de la matière et celui de l’esprit, celui de la
Terre et celui du Ciel, celui des réalités manifestées et celui des
archétypes, lesquels confèrent, à des réalités, forme, sens et vie. Les
Hébreux désignaient le premier monde celui du Ma, le second celui du Mi.
Un symbole comme
figure perceptible, quelle soit auditive ou visuelle, ou autre, est donc une
réalité appartenant au monde de la manifestation.
La Tradition est
constituée par les traces que laissent toutes les expériences vécues par les
Sages à travers les âges, à travers l’histoire de l’humanité. Ces
expériences qui jalonnent le chemin initiatique personnel ont été codifiées
par les symboles et les rites afin d’éclairer les diverses étapes du travail
d’éveil, sans priver le postulant de son indispensable expérience. Au
contraire les rites et les symboles suscitent l’Etre intérieur personnel,
sans endoctrinement, par delà les fonctions mécaniques de la pensée et des
émotions de l’homme ordinaire. La F.'. M.'. permet de découvrir et de vivre
la dimension particulière des hommes conscients de leurs responsabilités
vis-à-vis d’eux-mêmes et des autres. Pour se faire il faut oser humblement
et activement, remettre en question ce que nous sommes, prendre le risque de
nous perfectionner, de devenir autre, de nous retrouver dans notre
profondeur. La F.'. M.'. ne dispense d’aucun enseignements que nous pourrions
absorber par imprégnation, mais elle exige la participation vivante et
consciente du F.'. Maç.'. qui expérimente par lui-même les multiples formes
du quotidien. C’est en se heurtant aux réalités et difficultés du quotidien
que le F.'. Maç.'. acquiert la sensibilité nécessaire à sentir l’éternité
dans ce qui n’est pas permanent, je dirais dans l’impermanence. Plus il
est assidu, plus il œuvre, plus sa sensibilité s’accroît, plus sa
compréhension devient conforme à la réalité.
Dans ses lectures
un F.'. Maç.'. peut parcourir son livre une première fois pour comprendre la
direction de son chemin, puis reprendre une seconde lecture plus
approfondie pour comprendre son propre vécu initiatique et le situer sur le
chemin. Enfin lors de la troisième lecture, il se mettra en résonnance avec
les mots et les idées pour accueillir en son cœur l’analogie entre le dit et
le vrai et ainsi progresser et se faire sa propre opinion.
La tradition maç.'. du REAA donne les moyens d’accéder à la conscience humaine la plus accomplie en
nous permettant de nous connaitre, de connaître notre Etre intérieur accordé
à l’univers, de comprendre pourquoi nous venons et ce que nous avons à
réaliser pour aller où nous devons aller. C’est à cet éveil d’une conscience
la plus haute qui entr’aperçoit l’univers caché que nous convie la F.'. M.'.
après que la voie ait été ouverte aux divers degrés.
les phrases nous trahissent
toujours. Ils ont l’air de nous rapprocher, mais n’ont jamais le même sens
intime pour celui qui énonce que pour celui qui les reçoit. Aussi faut-il un
long moment avant que la résonnance ne crée l’harmonie.
Cette harmonie
n’est pas étrangère à la réalité relative de notre conscience qui anime
notre vie et notre compréhension. Ce qui est réel et vrai à un moment donné,
aussi bien dans la vie matérielle que spirituelle s’affirme dans un
ordre nouveau lorsque notre sensibilité s’élargit et ouvre la porte, donnant
accès à une expérience plus vaste.
Ainsi à chaque
grade correspondent, appartiennent des réalités relatives et à chaque grade
correspondent, concordent des interrogations et des réponses qui, loin
qu’elles soient de l’ultime vérité, nous rapprochent de la réalité profonde
du moment et des étapes indispensables à vivre.
De même l’initié
dans son évolution et sa rencontre avec des grandes vérités provisoires,
peut emprunter des directions excessives, notamment lors de
l’expérimentation d’une énergie spéciale dite divine. Quelqu’un qui se croit
tout à coup illuminé, par exemple ! Pour cela, toute sa recherche devra
passer par le contrôle, par l’assimilation des symboles.
Le F.'. Maç.'. n’est
pas un humaniste par froide raison mais un humaniste de la spiritualité.
Avec lui la spiritualité n’est plus affaire d’homme retiré du monde, ni un
humanisme, une affaire de philosophe. Mais les deux se retrouvent dans une
même sphère pour nourrir l’appartenance de l’homme de façon double: d’une
part, elle lui donne sa dimension terrestre et d’autre par elle le relie au
monde subtil du haut, la plus noble possible.
La difficulté du
combat pour rester sur la voie du juste milieu est telle que ceux qui ont
soif de gain, de puissance et de futilité dénient toute valeur à la
spiritualité en dénonçant ses dangers de coupure avec une certaine réalité,
alors que les égarés ou touristes de la spiritualité dénoncent la toile
d’araignée des matérialistes. Les uns séparent complètement la vie
spirituelle de la vie laborieuse, les autres isolent le travail manuel de
ses lettres de lumière. Ainsi défini les pièges, les uns et les autres n’ont
plus à faire d’effort pour œuvrer à leur Temple et aucun ne peut trouver la
vérité.
N’oublions pas que
les francs-maçons constructeurs de cathédrale pratiquaient les deux modes
dans une même universalité. Tous les chemins initiatiques
sérieux considèrent encore comme le fondement même de la vérité le fait que
les activités quotidiennes, loin de détourner l’Etre des considérations
supérieures, l’insèrent dans le céleste et le temporel. Le chercheur a donc
un effort particulier à accomplir pour changer son point de vue habituel et
sa manière de penser et de vivre. Il faut absolument oser. Seuls ceux qui
osent avancent sur le chemin initiatique.
La compréhension
qui introduit l’harmonie entre le ciel et la terre n’est pas exprimable
parce qu’elle ne s’exprime pas de manière ordinaire. Le combat, la
compréhension, la transformation qui conduit de l’un à l’autre est
uniquement une question de ressenti. C’est le secret de la F.'. M.'. pour
cause "d’inexprimabilité".
Le fait de savoir
les fausses attitudes, de les reconnaître en soi, d’accepter d’en être
porteur, éveille l’éclairage de la conscience qui combat et tranche en
douceur dans le faux ou dans le vrai relatif pour laisser place au vrai
universel. La claire vision ou représentation de ce qui provient ou découle
de l’homme zoologique se complète par l’homme spirituel.
Nous voyons là
apparaître un double combat, d’une part contre les préjugés qui font que
l’un des deux côtés de l’homme est rejeté d’office, et d’autre part pour que
les deux énergies se retrouvent et s’harmonisent en notre centre.
Il n’existe pas de
transformation sans ennemis, sans contradicteurs. Nous ne pouvons devenir
justes que dans un combat quotidien pour aimer et créer, malgré les courants
ennemis qui s’opposent et détruisent en semant la haine et la colère.
Lorsque nous aurons compris comment transformer en nous une agression en
mouvement d’accord, nous aurons trouvé comment achever l’élévation du Temple
de l’Humanité.
C’est grâce aux
difficultés, aux frictions, aux combats menés que nous progressons, sur le
plan matériel et sur le plan spirituel. Toute l’histoire de l’humanité est
basée, conçue autour d’un axe d’insatisfaction qui la pousse à acquérir
plus de connaissance, plus de technique, plus de facilité à vivre et à
conquérir. Il en résulte un perfectionnement technologique extraordinaire,
qui augurerait d’une amélioration spirituel si nous mettions le même
acharnement à notre perfection et, en plus, nous percevrions cela comme
aussi indispensable à notre bonheur.
Grand nombre de
peurs, d’angoisses qui se lèvent lorsque nous rencontrons des obstacles,
sont dues non pas à la dimension des obstacles, mais à la dimension des
problèmes intérieurs que soulèvent ces obstacles. Nous découvrons à ce
moment là que nous sommes le principal obstacle à notre perfectionnement et
que les obstacles sont à notre mesure. Quelle que soit la dimension d’un
obstacle extérieur, il se combat par l’intérieur. Le chercheur doit prendre
conscience que, tant qu’il n’aura pas vaincu les ennemis intérieurs, il ne
pourra véritablement résoudre ses difficultés extérieures.
Quand l’épreuve
arrive sur le combattant celui-ci n’accable pas les autres, il se
responsabilise et fait face.
Dans ses activités
sociales, professionnelles ou familiales, chacun produit ce qu’il est. Le
F.'. M.'. conscient de son influence s’engage dans une démarche utile à la
société qui l'emploie et à la communauté. Son comportement est le miroir de
son Etre intérieur et les personnes négatives lui apportent l’épreuve
bénéfique pour vaincre et s’élever dans un combat singulier.
Il est évident que
l’initiation maç.'. ne consiste pas s’intéresser qu’aux moments privilégiés
de la Voie Royale qui nous séduisent intellectuellement ou émotionnellement,
mais à expérimenter chaque étape qui prépare la suivante.
Je dis bien avoir
expérimenté et non pas savoir par cœur comme une leçon apprise dans le livre
d’App.'. ou de son grade. A chaque jour suffit sa peine à chaque grade
suffit son enseignement. Car bien que la F.'. M.'. s’inspire de la
philosophie, de lecture ou de légendes, elle est avant tout un travail
d’architecture qui se construit avec les outils à disposition. A
l’expérience s’ajoute le contrôle par les outils afin d’éviter les réflexes
dus à nos réactions automatiques que la mémoire, imprégnée par les faits du
passé, nous fait subir instinctivement, machinalement.
Chacun utilisera
les outils, les symboles et surtout les rituels selon sa personnalité,
certains sont kinesthésiques et réagissent au toucher d’autres sont visuels
et d’autres s’imprègnent petit à petit comme par immersion etc. La F.'. M.'.
ne construit pas pour nous, l’initiation ne fait aucun miracle, il y a une
méthodologie, un savoir faire, qui nous vient du fond des âges,
expérimenté avant nous et en nous mettant sur ce chemin nous pouvons décider
de notre perfectionnement, lent, rapide ou superficiel avec les conséquences
qui en découlent.
Respecter le rite
et ses rituels n’est donc pas une attitude de soumission passéiste,
conformiste ou réactionnaire mais l’expression d’une courtoisie vis-à-vis
des autres chercheurs, l’expression d’une volonté d’œuvrer ensembles à
conquérir la Sagesse, la marque respectueuse d’une confiance en notre avenir
par la Connaissance du Rite. Pratiquer la discipline vestimentaire et
gestuelle extérieure, c’est aussi montrer une volonté de maîtriser un
équilibre intérieur juste et correct dans toutes les situations.
Je conclus ainsi :
si nous vivons vraiment nos enseignements initiatiques, cet Art initiatique
va commencer par établir un lien de conscience avec notre corps puis du
corps avec l’Etre (avec un E majuscule) et enfin de l’Etre avec l’Esprit. A
ce moment de maturité humaine nous aurons retrouvé notre connexion avec
notre origine supérieure.
Guy, Mai 2010
17° Eglises et franc-maçonnerie
Préambule
Le 5 mars 2007, dans le quotidien français « Le
Figaro », un bref article annonçait :
« Le Vatican redit son opposition aux francs-maçons ». Le point de vue de
l’Eglise catholique est clair, il y a incompatibilité d’appartenance. Le
catholique romain qui est membre
de la franc-maçonnerie est en état de péché grave et ne peut pas participer
à l’eucharistie. Il n’est plus excommunié comme autrefois mais ne peut
recevoir la communion que s’il quitte la franc-maçonnerie. Un problème de
conscience risque de le perturber.
Introduction
Avant d’étudier les raisons de cet interdit de l’Eglise
catholique, il y a lieu de regarder la position des autres communautés
ecclésiales et celle des autres religions en précisant que le terme –
religion – recouvre au moins deux aspects distincts. Ceci ayant pour
conséquence qu’il y a une confusion entre la religion comprise en tant que
phénomène ou en tant que mouvement religieux. Confusion entretenue par le
passage constant de l’un à l’autre de ces aspects. Par exemple : le
christianisme est une religion dont l’origine provient de la parole et des
actes de Jésus-Christ, transcrits par les Apôtres dans les Evangiles, le
protestantisme est un mouvement religieux d’inspiration chrétienne.
Il
importe d’avoir toujours à l’esprit cette distinction pour ne pas s’écarter
du sujet. D’autant que dans ce domaine la difficulté est permanente parce
qu’il faut dépasser les réticences ou les réfutations. Il est aussi
nécessaire de regarder le problème posé par la franc-maçonnerie dans la
perspective du phénomène religieux et dans ses relations avec les divers
mouvements religieux, sans mêler ces deux volets qui ne peuvent tout
simplement pas être mélangés sans que l’on introduise volontairement ou non
des erreurs.
La
franc-maçonnerie comme religion ?
Il peut être dit qu’une religion pratiquée par les
hommes n’est pas d’eux mais qu’elle leur a été inspirée alors que
l’organisation de la religion est laissée à leur bon vouloir, à partir de ce
qui leur a été inspiré. Autrement dit, le phénomène religieux est un outil
confié aux hommes, le mouvement religieux est ce qu’ils font de cet outil.
Il n’y a pas égalité de valeur entre ces deux éléments. Le premier est plus
important que l’autre, même s’il est toujours relégué au second rang,
justement par les hommes qui privilégient l’organisation à ce qui la fonde
et c’est précisément ce qui génère les problèmes. La primauté doit toujours
être accordée à ce que nous appelons le phénomène religieux, soit ce lien
d’union entre l’homme et la divinité, dans un rapport direct et moral.
« Car ce à quoi le fidèle s’attache comme à l’essentiel de sa foi, ce
n’est pas à un objet… c’est à un sujet, non seulement doué de vie, de
volonté mais encore mystérieux, inaccessible aux prises naturelles de notre
pensée et de notre action, ne se livrant que par grâce… d’où l’idée,
essentiellement religieuse, d’une tradition qui transmet la révélation…
L’élément social ou individuel n’est que subordonné, comme moyen ou une
matière ; ce n’est pas l’élément formel de la religion» (Vocabulaire
technique et critique de la philosophie A. Lalande PUF page 917).
Etant donné que la religion est la reconnaissance par l’homme d’une
puissance supérieure de qui dépend sa destinée et à qui respect et
obéissance sont dus, entraînant par suite une attitude intellectuelle et
morale servant de règle de vie, permet d’affirmer que la franc-maçonnerie
est un phénomène religieux. Ses membres, pour la plupart, admettent et
respectent le principe d’une personne de nature surhumaine appelée le G.'.A.'. de
l’U.'. Les diverses réunions sont ritualisées en vue d’un enseignement
suggéré au moyen d’allégories et de symboles et les franc-maçons tentent
d’appliquer, dans leur vie de tous les jours, le code maçonnique, règle
éthique devant se superposer aux lois sociales propres à chaque nation.
C’est donc une religion mais qui ne puise pas son origine d’une révélation
divine ou de l’enseignement d’un Eveillé ayant nature humaine. Elle ne peut
donc pas être dite « naturelle ». Elle est une synthèse, sans doute
cohérente, d’apports de plusieurs religions, principalement des mystères
antiques, du judaïsme et du christianisme et de mouvements occultes tel
l’alchimie, en n’intégrant que ce qui est commun à tous, estimé essentiel et
nécessaire à l’élaboration de la personne humaine.
Cette affirmation sera contestée par une partie des membres de la
franc-maçonnerie, hérissés par la notion de religion, comme s’il s’agissait
d’une régression intellectuelle ou d’un retour à l’irrationnel. Alors que ce
n’est qu’une autre manière de voir le même problème. C’est aussi une
confusion qui associe religion et bondieuseries. La franc-maçonnerie
comporte tous les ingrédients qui définissent ce qu’est une religion, elle
base son enseignement sur la saisie intuitive du sens des symboles dans une
perspective spirituelle et l’aspect religieux qui en découle en est, au sens
strict, le terme. Etymologiquement « religion » vient du latin « religare »,
relier, mettre ensemble. En franc-maçonnerie, il faut rassembler ce qui est
épars et il serait intéressant de connaître une bonne fois pour toutes les
motifs de ceux qui rejettent cet aspect.
Points de vue
des autres religions
Maintenant que ce constat est fait, il est possible de
placer la franc-maçonnerie en regard des autres religions et observer leur
attitude respective vis à vis de celle-ci. Pour ces comparaisons sont
retenus : le bouddhisme, l’hindouisme, l’islam, le judaïsme et le
christianisme. Le christianisme occupe la plus grande part car il est
composé de plusieurs mouvements que sont l’anglicanisme, le protestantisme,
l’Eglise orthodoxe et l’Eglise catholique romaine, celle-ci faisant l’objet
d’une comparaison plus approfondie. Il est difficile d’être précis parce que
les positions ne sont pas nettes, de même qu’il y a de notables différences
dans la pratique d’une religion selon la région où elle s’exerce, comme
elles peuvent changer dans le temps. Ces positions ne sont donc que
générales et à prendre avec prudence parce que non définitives.
Le christianisme est une
religion divisée en plusieurs mouvements, il n’y a donc pas une position
propre au christianisme. Il est alors nécessaire de regarder la position de
chacun de ces divers mouvements.
Justifications
et contestations
L’Eglise catholique romaine qui est aussi un mouvement
religieux d’inspiration chrétienne et une importante institution fortement
hiérarchisée, unique en son genre, s’affirme comme la seule et véritable
Eglise du Christ, indépendamment des autres mouvements chrétiens. Elle
condamne systématiquement ceux qui s’écartent de la voie tracée et avertit
ceux qui seraient tentés de le faire. Ses reproches principaux sont dits
d’ordre doctrinal, pour elle la démarche maçonnique est fausse, elle ne
conduit nulle part et le franc-maçon risque d’être instrumentalisé à son
insu. Cela expliquerait que les Jésuites aient quitté les Loges.
Selon la plupart des franc-maçons, les reproches sont politiques, réactions
à la concurrence que la franc-maçonnerie exercerait au détriment de
l’Eglise, en favorisant les notions de libre-pensée et libre-arbitre,
égalité, tolérance, laïcité ainsi qu’à son attrait pour des mystères cachés
jusqu’alors, l’Eglise garderait les hommes dans l’ignorance. Seulement, on
ne sait pas en quoi consiste cette ignorance.
La
vérité ne peut pas être cernée parce que la doctrine sert souvent de
prétexte à l’action politique. Il est indéniable que Rome a fonctionné comme
un centre de pouvoir sur les hommes. Mais reste toujours la question de
savoir s’il s’agissait de les asservir ou de leur éviter de quitter le
« droit chemin ». Cette hypothèse n’est pas à écarter parce qu’il est
admissible que, forte de plus de dix-sept siècles d’expériences, l’Eglise
possède une indiscutable connaissance de la nature humaine et qu’elle a
établi des garde-fous. L’homme ne peut tout simplement pas être laissé à
lui-même sans que son animalité reprenne le dessus. La dégradation des
mœurs, le choix des idoles et les préoccupations du monde actuel en sont les
preuves évidentes et ce que nous déplorons aujourd’hui ne sont que les
effets de causes engagées précédemment.
Nous
apprenons qu’historiquement l’Eglise catholique a toujours combattu les
hérésies, aurait maintenu une sorte d’obscurantisme et qu’ainsi beaucoup de
sang aurait été versé. Même si c’était le fait du bras séculier, elle en a
été le témoin passif et cela reste une étrange attitude venant de celle qui
détiendrait la Vérité, surtout celle du Christ. Ceci a d’ailleurs amené le
pape Jean-Paul II à présenter les excuses de l’Eglise. Le malaise persiste
parce que l’Eglise a rencontré beaucoup d’oppositions au cours du temps.
Mais c’est à elle d’en définir les origines, comme il faut aussi garder une
certaine réserve quant à la stricte exactitude des faits et de la nature des
récriminations car l’éventualité que l’Histoire soit faussée par l’intention
de discréditer l’Eglise est à retenir.
Maintenant, pour essayer de comprendre, il faut imaginer que l’opposition
dite doctrinale ne s’exerce pas au même niveau que l’opposition dite
politique. Le niveau doctrinal qui procède du phénomène religieux s’adresse
à l’homme, dans ce qu’il doit faire et suivre pour grandir dans sa vraie
nature humaine. Le niveau politique part du mouvement religieux et s’adresse
à la masse, dans ce qu’elle doit respecter pour que chaque homme, en son
sein, ait accès à la découverte de sa nature. Ce niveau doit être satisfait
pour envisager le suivant et il doit rester organisé. Donc, pour que le
niveau doctrinal puisse être entrepris le politique ne doit pas être une
débandade. On ne peut pas grandir sainement dans un milieu délétère.
La
doctrine chrétienne défendue par l’Eglise catholique affirme que : « Dieu
s’est fait Homme afin que l’homme devienne Dieu ». En franc-maçonnerie
l’homme doit se perfectionner sans cesse afin qu’il puisse s’insérer dans le
Temple idéal de l’humanité. Ces deux échéances sont différentes. Dans le
christianisme l’homme doit faire retour au divin, c’est une démarche
personnelle, en franc-maçonnerie c’est plus le vivre ensemble qui est
recherché avec tout ce que cela comporte comme concessions et respect de
l’autre. Ces exigences ne sont pas du même ordre. La chrétienne est
verticale, l’autre transversale et dans cette direction il n’y a pas de
transcendance. Les actions ne sont pas
concomitantes, elles ne s’opposent pas, elles se succèdent.
Seulement, durant le 18ème siècle se sont amorcés de très
importants bouleversements scientifiques, techniques et sociaux qui
imposèrent une autre façon d’appréhender le monde, dans sa création, sa
justification et sa finalité. Le rationalisme va triompher de l’empirisme et
il conduit à d’autres représentations et relations avec le divin, voire
aucunes. Ce n’est pas sans conséquences. Parmi celles-ci il y a
l’accélération de la désacralisation de la Vie. La Terre ne sera plus la
Mère nourricière mais un vaste domaine à exploiter sans limitations et dès
lors dépendant d’activités commerciales grandissantes. La morale n’est plus
normative, elle est remplacée par des règlements qui suivent le cours des
évènements en développant l’individualisme. Il se produit un irrésistible
attrait pour le progrès et le matérialisme qui l’accompagne comme cette
curieuse assurance prétendant que seule cette façon d’envisager la vie
humaine est la bonne et l’affirmation que tous les mystères seront résolus
par la Science. Ce ne serait qu’une question de temps. La franc-maçonnerie
moderne est conjointe à ces transformations. L’est-elle en tant que fruit ou
moteur ? La question se pose parce qu’elle promeut ces changements et
souhaite en faciliter l’assimilation. Alors que l’Eglise catholique reste
fermement conservatrice et campe sur des valeurs incontestables, mais qui ne
sont plus applicables au monde tel qu’il se modifie, il ne peut plus être
pensé et vécu comme auparavant. Pourtant, il s’effondrera un jour avec les
valeurs qu’il colporte.
Que
l’Eglise catholique condamne la franc-maçonnerie c’est son affaire,
n’entrons pas dans ce jeu. Par contre, examinons plutôt la pertinence du
message qu’elle transmet en regard de ce que sont et font réellement les
francs-maçons, en acceptant le postulat qu’ils peuvent se perdre dans des
chemins de travers. Se distancent-ils du monde, y en a t’il un qui ait
atteint la vraie Lumière par l’exercice de la franc-maçonnerie ? tout en
laissant au temps le soin du verdict. Nous n’avons pas encore la preuve que
la direction prise par le monde soit heureuse mais nous avons un signe, la
nostalgie des vraies valeurs. Il ressort de cela que l’Eglise catholique
devrait avoir la même attitude que le bouddhisme. Sauf que sa vocation est
d’être missionnaire avec une constante volonté de conversion. Mais ces
vertus deviennent très vite oublieuses de la personnalité du vis à vis. Ce
qui ne va pas sans rébellion et rejet.
Conclusions
Il est impossible d’apporter une preuve qui serait
satisfaisante parce que l’intention réelle de Rome ne sera jamais connue.
Doctrine, politique, la question reste entière, l’Eglise sait parfaitement
faire usage de la rhétorique. L’éventualité qu’elle voulait régenter toute
la Société n’est pas à exclure et cette hypothèse n’est pas sans cohérence,
ses préceptes servent la personne comme la Société. Pour elle, il n’y a pas
la nécessité d’autres systèmes. Mais cela ne s’est pas réalisé parce qu’elle
a vraisemblablement préféré son organisation à l’Esprit qui l’insuffle. La
position de la franc-maçonnerie n’est pas totalement claire non plus. Par
contre, elle a le mérite d’offrir une structure où peuvent se rencontrer
sans contraintes des hommes de tout horizon et sans aucune discrimination.
Il ne leur est demandé que d’être honnêtes et loyaux. Cela laisse un léger
dépit mais aussi une solide conviction. L’Eglise catholique, en tant
qu’institution, est ce quelle est. Par contre, son enseignement n’est pas
critiquable, pas plus que celui proposé par la franc-maçonnerie. Encore
faut-il les suivre pour savoir exactement jusqu’où ils conduisent. La
réponse ne peut pas être ailleurs.
Donc
la priorité reste entière, c’est à l’homme d’œuvrer, quelle que soit la
religion adoptée et devenir ce qu’il doit et cela reste très difficile en
dehors d’un système établi. Pour déterminer la valeur d’un chemin il faut le
parcourir au plus près de son terme. Ce qui fait que l’homme est toujours
ramené à sa responsabilité. Ce qui le distingue de ses semblables c’est son
acceptation et sa mise en route. Accepter, c’est aussi s’en remettre à
quelque « chose », la spiritualité dépend obligatoirement d’une perspective
qui nous précède, qu’on cherche à rejoindre et si le doute est recevable en
ce domaine, la négation confine l’absurde.
Poser la question « peut-on être chrétien et franc-maçon » comme le fait Mgr
Rey n’a pas vraiment de sens. On s’achemine vers l’Homme ou non. Elle est
là, la question à laquelle les catholiques doivent aussi répondre, leur
seule appartenance à l’Eglise ne les en dispense pas. Finalement, il peut
être affirmé que pour celui qui est en chemin ce problème n’en est plus un.
Mbx
Sources :
Léon XIII
Encyclique « Humanum Genus »
Mgr Dom. Rey
« Peut-on être chrétien et FM » Ed. Salvator
Le Monde des religions « 20 clés pour comprendre la
FM » Hors série N°6